collier de dragon

Une  princesse avait été enfermée dans une haute tour par ses parents. Ils avaient tous les deux peur du monde et voulaient la protéger. Au début, peut-être qu’il s’agissait  d’un acte d’amour.

Pour être sûr que personne de dangereux ne s’approcherait de la princesse, son père avait attaché à sa cheville avec une chaine magique un petit dragon qui grandissait avec elle. Pour qu’elle ne s’ennuie pas, sa mère lui avait offert une quantité de livres de légendes. Petite, elle trouvait les murs épais et la présence du dragon gardien rassurants, mais une fois devenue adolescente, elle se sentit étouffer. Le dragon avait pris des forces et prenait presque toute la place dans sa cellule ; le soleil et l’air frais peinaient à entrer dans la tour.

Quand elle se plaignait d’être prisonnière, ses parents lui disaient qu’un prince viendrait un jour la libérer et qu’elle serait heureuse avec lui.

Alors, la princesse observait, depuis sa fenêtre, le monde du dehors qui se déroulait et s’agitait. Mais personne ne la voyait ou ne l’entendait. Elle n’osait crier ou se manifester avec plus de vigueur. Elle attendait, comme on le lui avait si bien appris, celui qui viendrait la délivrer et faire commencer sa vie. Le temps était long.

Dans cette attente, il lui semblait parfois ne pas exister. Son père avait disparu depuis longtemps. Sa mère disait en pleurant : « ton père m’a abandonnée, je n’ai plus que toi au monde, je mourrais si tu t’en vas ! ».

La princesse comprit alors que ce n’était pas pour sa propre sécurité qu’on la gardait ainsi enfermée, mais pour celle de sa mère. Son coeur alors s’enfla de ressentiment et elle décida que rester là plus longtemps la ferait mourir. Elle était prête à tout risquer. Elle se lança de la fenêtre de la tour, entrainant avec elle son dragon et, à sa grande surprise, il déploya ses ailes et lui permit de se poser doucement dans l’herbe. Alors qu’elle commençait à marcher pour s’éloigner de la tour, elle entendit sa mère crier : « je serai toujours avec toi ! ». Alors commença pour elle la découverte du monde.

Ce fut difficile car rien dans ses lectures ne l’avait préparée à la réalité. Elle était tendre et naïve. Heureusement, son dragon menaçait ceux qui voulaient s’approcher trop près d’elle. Elle crut d’abord les autres jeunes filles plus solides qu’elle mais elle s’aperçut que ses compagnes avaient toutes attachées à elle une créature magique chargée de les protéger, surtout celles qui avaient déjà eu affaire de près à des hommes. Il y avait là des elfes, des licornes, des griffons ; ils étaient curieusement accordés à leur propriétaire.

De leur côté, les hommes avaient leur armure, leur casque, leur épée et leur propre rôle d’homme qui les protégeaient encore mieux de tout danger.

Elle était attirée par ces beaux chevaliers et elle souhaitait se rapprocher d’un homme et goûter à l’amour. Ah, l’amour ! Dans les livres, il était écrit qu’il faisait palpiter le cœur, qu’on s’oubliait soi-même pour l’autre, qu’on ne faisait plus qu’un avec lui. Il devenait le sauveur, le guérisseur, la raison de vivre !

Mais personne ne pouvait l’approcher tant qu’elle restait reliée au dragon.

Elle demanda de l’aide à plusieurs jeunes chevaliers pour trancher la chaîne qui la reliait encore à la créature; c’était la condition pour pouvoir réellement se toucher. Mais ils avaient tous peur d’être brûlés ou mutilés ; même par amour pour elle, aucun ne voulut s’y risquer.

« Etes-vous des hommes ? disait-elle, On m’avait dit que vous étiez des sauveurs de demoiselles en détresse, des protecteurs pour votre dame ! Si couards, vous ne m’êtes d’aucune utilité avec votre attirail de guerre, tout juste bons à vous chamailler entre vous  pour des prétextes futiles!». Ils ne savaient que répondre et s’éloignaient d’elle.

Quand elle était seule, elle pleurait, en maudissant ce dragon. Il aurait fallu le surprendre dans son sommeil  pour lui planter une épée dans le cœur mais il ne dormait jamais. Elle s’apercevait toujours que chaque mot blessant utilisé contre le dragon était comme une flèche qui se plantait dans son propre cœur. De plus, chaque missive mouillée de larmes qu’elle recevait de sa mère accentuait son malaise car cette dernière s’y répandait en imprécations contre les hommes causes de son malheur. Elle conseillait à sa fille de rester seule pour ne pas tomber sous leur pouvoir.

L’un des chevaliers à qui elle plaisait, qui s’appelait Sophien, était plus perspicace que les autres. Il  lui dit que s’il s’en prenait au dragon, il risquerait aussi sa vie à elle car il existait probablement une énergie commune entre elle et la créature. Comment savoir ce qui arriverait si on supprimait la chaîne ? C’était à elle de lutter et de rendre plus docile cette part qui lui appartenait. Il s’engageait, quant à lui, à venir la voir chaque jour et à attendre.

La princesse resta près de Sophien et s’occupa de son dragon. Elle apprit à le connaître : il n’était pas fort tout le temps, parfois, on lisait de la souffrance dans son œil de reptile. Nullement rancunier, il continuait à la protéger. Plus d’une fois, il avait éloigné d’elle des personnes mal intentionnées. Elle pouvait lui être reconnaissante de veiller sur elle. Ni elle, ni lui ne connaissaient assez Sophien pour décider de lui faire confiance.

De jour en jour, il lui sembla que son fardeau s’allégeait et qu’elle en voulait moins à son terrible compagnon. Les lettres humides de sa mère étaient à présent remisées à l’extérieur de la maison, dans un petit plan d’eau artificiel où évoluaient des poissons marins colorés. Elle se sentait plus sereine quand elle était seule avec son dragon car elle le comprenait. Le soir, c’était avec tendresse qu’elle le couchait près d’elle.

Un matin, elle s’aperçut que la grosse chaîne était devenue si fine et légère qu’elle pouvait être portée comme un bijou. Le dragon était à présent fin, joli et tout doré. Alors elle passa le bijou à son cou.

Elle appela alors à elle Sophien qui sut bien l’embrasser sans toucher au dragon. Quand il ôta sa chemise ce soir-là, elle découvrit un gnome grimaçant tatoué sur sa peau à l’endroit du cœur. Elle y posa ses lèvres.

Ensemble ils vécurent longtemps heureux, avec leurs créatures apprivoisées. Et le gnome ne grimaçait plus et le dragon n’attaquait plus personne.

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