La fée aux larmes

Il était une fois un roi et une reine qui s’aimaient beaucoup mais n’avaient pas d’enfant. Ils voyaient les années passer et leur espoir se réduire… mais un soir d’été, alors qu’une fête était organisée dans le parc château, un cygne blanc apparut et la reine eut envie de le suivre. Elle appela son mari le roi et lui demanda de venir avec elle.

La lune luisait dans le ciel et l’homme et la femme s’éloignèrent du parc en se tenant par la main. A travers la forêt, loin de la cour, le cygne les conduisit à un lac.  C’était un lieu étrange, les habitants du pays l’évitaient. La femme ôta ses chaussures, puis ses vêtements et entra dans l’eau fraîche et transparente. Son mari fit de même et ils s’aimèrent là.

Quelques temps plus tard, la reine s’aperçut qu’elle attendait un enfant. Tout le monde se réjouit dans le royaume.

Quelques mois plus tard, la petite princesse fut accueillie avec joie. On organisa de grandes fêtes et pour son baptême, on lui donna non pas une mais trois marraines : c’étaient les trois fées qui habitaient le royaume. Quand tout le monde eut offert son cadeau à la petite princesse, la cour fit silence et ce fut au tour des trois fées d’avancer vers le berceau.

La fée de la montagne, qui était grande, brune et vêtue d’une robe bleue, dit : «  je donne à la princesse le don de la richesse. »

La fée de la vallée, blonde et habillée de vert, dit : «  je donne à la princesse le don de la beauté »

La fée de l’eau, si blonde que ses cheveux semblaient blancs, portait une robe bleue avec de nombreux voiles transparents. Elle s’approcha et dit : «  je donne à la princesse le don des larmes ! »

«  Ah non ! s’écria le roi. Nous refusons ! Notre fille sera heureuse, elle n’aura pas besoin d’un tel don. »

La fée fut chassée et la fête se poursuivit.

En grandissant, la petite princesse devint toujours plus jolie. Vêtue des étoffes les plus riches, parée des plus beaux bijoux, elle souriait toujours, cajolée par ses parents, sa famille et les domestiques du château. Les parents se félicitaient d’avoir une fille si calme et raisonnable. Jamais elle ne se mettait en colère ou ne pleurait. Il faut dire que tout le monde au château se mettait en quatre pour que cela n’arrive pas !

Elle devint une belle jeune fille et le prince d’un royaume voisin en tomba amoureux. Ils se marièrent et eurent deux enfants, un garçon puis une fille.

La princesse remplissait tous ses devoirs, mais elle ne semblait y mettre aucune émotion. Elle n’exprimait ni joie, ni tristesse. Elle ne savait pas elle-même si elle en éprouvait, elle était toujours d’humeur égale.  Elle voyait bien que son jeune mari était beau et lui donnait mille preuves d’amour. Elle entendait bien les rires et jeux de ses enfants, mais la route vers son cœur semblait barrée. Souvent elle recherchait le calme et la solitude des pièces sombres du château ou de la forêt. Mais elle ne se plaignait de rien. Dans le royaume, on chuchotait que la princesse n’était pas humaine.

C’est vrai : quand jamais on ne pleure à chaudes larmes, à force, on devient froid comme le marbre.

Un jour, alors qu’elle brodait à sa fenêtre, elle entendit son mari confier à une servante : «  je ne sais pas si ma femme m’aime. Est-ce que ma présence lui fait plaisir, la fâche ou la laisse indifférente ? Elle ne laisse rien paraître, elle est froide comme une pierre. »

Quand elle entendit ces mots, la princesse posa son ouvrage, se leva et se mit à marcher. Elle sortit du château et marcha tout le jour dans la forêt, comme absente à elle-même, jusqu’à parvenir au lac de la fée. Il brillait au clair de lune. Depuis déjà bien longtemps, son coeur pesait lourd. Elle se dit qu’elle coulerait surement à pic en entrant dans l’eau. Alors elle marcha doucement dans le lac ; ses longs voiles se mirent à flotter dans l’eau quand elle entendit : «  arrête-toi là ! » Devant elle se tenait un cygne. Un nuage passa devant la lune et à la place du cygne se tenait la fée des eaux.

«  Je sais pourquoi tu es ici et je vais t’aider. Prends ma main et accepte le don que tes parents ont refusé jadis. »

La princesse prit la main de la fée, qui était douce, puis, guidée par elle, elle continua à avancer dans le lac ; seule sa tête émergeait encore quand la fée lui dit :

« Plonge-toi entièrement dans l’eau et reçois mon don »

Alors la jeune femme se sentit liquide mais elle ne coula pas, elle resta plusieurs secondes sous l’eau puis émergea et la première inspiration qu’elle prit fut comme une renaissance. Pas à pas, elle ressortit de l’eau et alla s’asseoir sur une souche. Elle laissa sécher sa robe. Et pendant tout ce temps, elle pleurait à chaudes larmes et le cygne la regardait.

Elle pleura toute une nuit et tout un jour : elle pleura de faim et de peur qu’on l’oublie ;  elle pleura de plaisir en sentant la chaleur des rayons du soleil dans les rideaux du berceau , elle pleura de rire devant les pirouettes de son chat, de colère quand sa poupée se cassa, de peur devant le gros chien du garde, puis d’émotion quand elle tomba amoureuse, de bonheur quand elle donna naissance à ses enfants, enfin de douleur en entendant les paroles de son mari. Et au fur et à mesure, c’était comme si son cœur s’allégeait et redevenait vivant. Ses yeux lavés posaient un regard neuf sur le monde.

«  Maintenant, retourne à la vie » dit le cygne.

Et la princesse fit ainsi.

 

Publicités

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s