le petit marmiton qui au lieu d’occire le dragon prit la plume

Il y avait un royaume dans une grande plaine toute verte entre deux montagnes. Le roi de ce royaume était si autoritaire qu’il aurait voulu que les montagnes se baissent devant lui. Seul le dragon qui habitait une grotte dans les hautes montagnes échappait à son pouvoir.

Ce roi aimait deux choses : sa fille Angèle et son mouton à toison d’or. Tous les matins, il allait le voir et il ne se couchait jamais sans vérifier si son mouton ne manquait de rien. Dans la montagne habitait un dragon vert émeraude avec des yeux d’or.

Un matin, à son réveil, le roi ne trouva pas son mouton d’or. Alors il entra dans une colère folle.

«  C’est ce maudit dragon qui a dévoré mon mouton, j’en suis sûr ! » Il appela sa cour et annonça qu’un tournoi aurait lieu dans deux mois, pour l’anniversaire de la princesse, pour désigner le chevalier  plus fort. Celui-là affronterait le dragon et épouserait sa fille, la belle Angèle.

«  Mais… » commença la princesse. Mais le roi lui imposa silence d’un geste de la main.

La princesse était si belle, avec ses yeux pleins d’étoiles et ses cheveux d’or, que tous les chevaliers voulurent tenter leur chance et participer au tournoi.

Alors, un grand pré vert fut transformé en  champ d’entraînement. Tous les hommes à qui avait poussé la barbe s’entraînèrent au combat du lever au coucher du soleil, chaque jour, sans se lasser. Le bruit des  épées heurtant les boucliers étaient semblables à des coups de tonnerre  et les cris des virils chevaliers s’entendaient jusque dans le château. Les hommes communiquaient avec force cris et coups de pied au derrière. Et ça puait la sueur dans le pré : ça sentait l’aisselle et le pied pas lavés !

Quand il devait apporter à manger et à boire aux chevaliers, le petit marmiton était très impressionné. Le plus petit  des combattants mesurait deux têtes de plus que lui.   Tout chétif, il avait peur de recevoir un coup d’épée ou une masse d’arme que les hommes se lançaient pour rire

– Ouais, p’tit marmiton, donne-moi à boire !

-P’tit marmiton, j’ai faim !

Alors il se faufilait avec ses plats et quand il avait servi tout le monde, vite il regagnait sa cuisine

Le soir, quand il avait tout nettoyé et rangé, une fois la vaisselle faite et les eaux grasses répandues, il s’asseyait à la fenêtre et regardait longuement la lune en rêvant. Lui aussi était amoureux de la belle princesse. Mais il savait bien  que jamais, au grand jamais, il ne pourrait tuer un dragon. Alors il se mit à écrire des poèmes pleins d’amour pour la princesse. Il aurait bien voulu les lui offrir.  Mais comment faire ?

En regardant la lune, il se dit qu’elle ressemblait à une grosse brioche bien dorée.

Alors il eut l’idée de fabriquer une brioche toute ronde et de glisser à l’intérieur un petit papier roulé avec ses mots d’amour, puis d’aller le lendemain matin offrir sa brioche à la princesse.

Quand elle lut les vers, la princesse fut très touchée. Jamais aucun de ces lourdauds  puant la sueur ne lui avait parlé ainsi ! L’idée de se marier à l’un d’eux la rendait malheureuse. Elle se mit à attendre tous les matins sa brioche avec de nouveaux vers. Mais elle ne savait pas qui lui écrivait. Alors, le soir, elle aussi se mit à regarder la lune en rêvant, accoudée à sa fenêtre.

Ce soir, la lune était dans un halo rose, presque rouge. La princesse comprit alors que l’auteur des poèmes, c’était ce petit marmiton rougissant.

Le lendemain matin, très tôt, alors qu’il faisait encore nuit, la princesse se rendit dans les jardins, près des cuisines du château. Elle arriva pieds nus dans sa robe toute blanche.  Le petit marmiton venait de sortir ses brioches du four ; il les avait placées dehors pour qu’elles refroidissent. Soudain, on entendit un grand bruit, un fort battement d’ailes et un animal énorme, tout vert, vint se poser juste à côté de la princesse. C’était le dragon ! Vite, elle courut se cacher derrière le petit marmiton

« Mmmm… s’exclama le dragon ; quelle est cette bonne odeur ? Elle me met en appétit !

Le marmiton voulut lancer une des brioches au dragon.

-Ah, ah, non ! Ne me jette pas de pierres ! Vous êtes tous les mêmes, les chevaliers,  j’en ai assez de recevoir des pierres et des coups d’épée ! pleura le dragon.

-Mais ce n’est pas une pierre, c’est une brioche, dit le petit marmiton, amusé.

Et il alla doucement la déposer aux pieds du dragon.

-Mmmm… fit ce dernier, mais c’est tout doré, craquant et moelleux, doux, sucré… encore !

Ainsi, le dragon mangea une, deux, trois brioches, puis toutes celles qui restaient. Enfin, quand il eut le ventre bien plein, il repartit, d’un vol bien plus lourd.

Il n’y avait plus de brioche pour la princesse. Le petit marmiton était tout triste.

«  Ce n’est pas grave, dit-elle. Tes beaux poèmes, au lieu de les écrire, tu pourrais me les dire maintenant. »

Alors la princesse et le petit marmiton restèrent seuls à la lumière de la lune. Il restait encore un long moment avant le lever du soleil.

Ainsi, ils prirent l’habitude de se voir chaque nuit. Et le dragon venait dans les jardins aussi. C’était un dragon très peureux et très gourmand. Il aurait fait n’importe quoi pour avoir des brioches.

Mais deux mois avaient passé. Le grand jour du combat était arrivé. Le roi envoya un paysan tout tremblant avec une chèvre pour attirer le dragon.  Tout le monde se rassembla autour du pré vert pour encourager les champions.

Tout le monde, sauf la princesse et le petit marmiton. Elle avait enlevé son poète au clair de lune et ensemble, sur le dos du dragon, ils étaient partis dans un pays où ils seraient libres de s’aimer, de fabriquer des brioches et d’écrire de la poésie.

Quant  au roi, jamais il ne retrouva son mouton. Et il ne revit plus sa fille non plus.

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