Wonder wheel la roue du temps ou l’oeil de la caméra

Wonder_WheelPlutôt que de faire se croiser plusieurs personnages, comme dans ses comédies, Woody Allen se penche sur une héroïne désabusée, qui a connu des jours meilleurs dans son passé ou dans son imagination, comme dans « Blue Jasmine ». Ginny fête ses 40 ans auprès de son second mari, homme bedonnant en marcel crasseux qui l’a sortie fut un temps de la dépression mais qui l’agace aujourd’hui avec ses parties de pêche et sa tendance à l’alcoolisme. Pour lui aussi, il s’agit plus de cohabitation que d’amour ; on le remarque à son cadeau d’anniversaire à 3 dollars (qui finira explosé contre un mur), à ses remarques sur sa fille « qui ne peut quand même pas finir serveuse » (métier que Ginny exerce) et à sa violence quand il boit (mais Ginny explique à son fils qu’il tape « tout le monde et pas seulement elle »).

Kate Winslet, dans ce rôle qui rappelle sa prestation dans « les noces rebelles », confirme qu’elle est une grande actrice. Qu’elle soit dans cette lumière dorée qui l’embellit, comme sous les feux d’un projecteur, ou dans l’ombre et l’amertume, elle interprète une Ginny touchante dans son besoin d’amour, qui donne beaucoup et reçoit peu, inquiète de vieillir, possessive, mais qui réalise que tout lui échappe.

La vie de Ginny est-elle aussi fausse que ce décor de fête de Coney Island qui lui donne la migraine ? Elle trouve une consolation dans son aventure avec Mickey, un plagiste plus jeune qu’elle et futur dramaturge, qui lui apporte écoute, plaisir et tendresse.

Arrive sur ce Carolina, venue se réfugier chez son père pour échapper à son mari gangster qui l’a menacée de mort. Sexy, fragile, adorable, elle fait sa place, choyée par son papa, agaçante pour Ginny, d’autant plus que le jeune Mickey la trouve à son goût. Innocemment, Carolina confie à Ginny qu’elle est sensible au charme du jeune homme, ce qui fait bouillir de jalousie sa confidente.

Les graines sont semées pour que l’intrigue évolue vers le drame.
Mais au-delà de ce triangle amoureux, c’est bien le temps qui joue le rôle de personnage principal à travers plusieurs symboles. Cette grande roue qui donne son titre –ironique- au film, Ginny l’a sous les yeux tous les jours, puisque les baies vitrées de son appartement lui offrent cette vue. Elle est le symbole du temps auquel on ne peut échapper, du destin dont la roue tourne : quand on croit s’évader vers le ciel se fait ressentir le dur rappel à la réalité et le retour au point de départ pour plusieurs des personnages. Quand Ginny voudra offrir un cadeau à son amant elle choisira… une montre. Son petit garçon qui allume des feux partout, incontrôlable, peut être vu aussi comme une représentation du temps qui dévore tout.

Il semble que Woody Allen ait mis de lui-même dans ses personnages et qu’il ait tourné un film sur le cinéma : Mickey, narrateur du film, s’adresse directement aux spectateurs et rêve de devenir dramaturge pour construire à son tour des histoires. Tandis que son fils est passionné de cinéma, Ginny se fait littéralement du cinéma à elle-même, quand elle reprend les objets témoins de son passé d’actrice, puis quand le spectateur comprend qu’elle est une mauvaise actrice, sans public et constamment au bord de l’hystérie.

Le cinéma est aussi présent à travers le thème du mensonge : celui qu’on fait aux autres pour garder sa part de liberté, celui qu’on se fait à soi-même pour garder sa part d’illusions. La seule personne honnête et franche sera sacrifiée, comme le bouc émissaire de cet univers en carton –pâte, qu’on peut voir comme une métaphore d’Hollywood et de ses faux rêves, et la grande roue comme la caméra.

Il y a quelque chose de profondément mélancolique dans ce film.  A la fin, ce n’est plus la grande roue merveilleuse qui est montrée depuis l’appartement : la caméra est tournée dans l’autre sens et les personnages sont enfermés dans le réel. On en regrette la part d’évasion et les illusions apportées par le cinéma !

 

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