Petits meurtres entre amis

Consigne : à la manière de Max Aub dans Crimes exemplaires, raconter froidement un meurtre

Tous les jours, peu avant midi, il prenait son motoculteur et binait une platebande, puis une autre et encre une dans son jardin. Le bruit était aigu, assourdissant : un engin mal huilé qui n’en peut plus de crier et de siffler. Un beau matin, il bruit s’arrêta. Il était allongé au sol, écrasé par le tronc du mirabellier qui avait été entaillé au bon endroit, à la bonne heure.          Michelle

Il me disait qu’il m’aimait. Il disait que j’étais la femme de sa vie. Il disait qu’il n’avait jamais rencontré quelqu’un comme moi. Il disait que tout, absolument tout, était craquant chez moi. Il aimait mes sourires, mes bouderies, mon humour, ma peau, ma façon de m’habiller, d’aborder la vie, le monde, la politique… Je l’ai tellement attendu, cet homme ! Si beau, si fort, fait que pour moi. Enfin mon heure avait sonné ! J’avais attendu plus d’un demi siècle pour atteindre ce bonheur. Lorsqu’il a sonné, j’étais toute excitée. J’avais consacré tout un après-midi à l’élaboration d’un dîner raffiné. J’avais choisi un Château Margaux. Je portais ma petite robe rouge, quelques gouttes de Shalimar. Il est entré, m’a embrassée fougueusement et… a éternué. Une fois, deux fois, trois fois… Castille est apparue à l’entrée du salon, royale. Il m’a dit :

«  Mais tu as un chat ? Je déteste ces bestioles. Elles puent et ne servent à rien.

– Je n’en ai pas un, j’en ai quatre.

– Quatre ?? Ah, excuse-moi, mais ça, je ne pourrais jamais !

J’ai refermé la porte du salon à clé avec mes quatre amours. Je l’ai entendu éternuer. J’ai arrêté de compter après 63.

Pas de ma faute si, on plus d’être allergique, il était asthmatique.

                                                     Béatrice

Dire que je hais ce type n’est pas assez fort pour décrire le dégoût qui me prend quand je le vois. Sa dégaine, la tête toujours très haut, lui donne une importance qu’il n’a pas. Le faux sourire, les phrases mielleuses qui sortent de sa bouche m’énervent de plus en plus. En effet, le pousser dans une machine de l’usine pour qu’il soit broyé par accident serait le meurtre parfait, comme il ,e travaille guère, pour que la machine fasse le travail pour lui. Et ce n’est pas ma faute si la machine ne s’arrête pas en cas d’avarie.

                Florian

C’est arrivé par hasard. Je n’avais plus de monnaie et ai voulu en prendre dans le portefeuille de ma femme. Après l’avoir ouvert, j’ai vu un morceau de papier qui dépassait des factures et autres tickets de métro. Je l’ai pris et l’ai lu. C’était une lettre dans laquelle ma femme déclarait sa flamme à mon meilleur ami, rien que ça ! Abasourdi, j’avais le choix entre la tuer elle, le tuer lui ou tuer cette satanée lettre. Je pris le parti de brûler vive la lettre dans le feu de la cheminée. Pour les deux autres, on verra plus tard…

                Frédéric

Je l’ai tuée parce qu’elle était bête, méchante et moche à souhait. Ce genre de parasite qu’on prend plaisir à écraser sous son pied… bon, là c’était avec ma voiture. D’ailleurs, quel gâchis pour celle-ci, 12000 euros dans le baba, mais aux grands maux, les grands remèdes.

Je l’ai tuée parce qu’elle n’a cessé de tuer durant des années. J’étais la seule à le savoir. Un lourd secret, comme il s’en fait peu. Je l’ai aimée puis haïe et pour les deux, ça a pris du temps. Elle est froide, là, devant moi, les yeux grand ouverts, la bouche en paix, un sourire gravé à jamais. Nous irons mieux désormais. Le suicide est parfois la solution.

Je l’ai tuée parce qu’aimer n’a jamais été mon genre.                  Sandy

Et voilà, c’est arrivé. Depuis un bon moment, il m’agaçait. D’abord, il fallait pas m’énerver, à me dépasser, à ralentir, à accélérer, à me laisser le dépasser, ma redépasser, prendre un air de ministre au passage. Peut-être voulait-il me montrer sa belle voiture. C’est vrai, elle était belle et puissante.  Finalement, je n’ai pas compris pourquoi, mais dans le virage, il a oublié de tourner son volant, et voilà, son vol plané s’est mal terminé et c’est arrivé : sa voiture n’est plus. Lui la regarde les yeux hagards, les bras pendants.                             Nadine

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